Elle commence par reconnaitre que sa "vigilance sur le choix des mots justes en la matière peut paraitre pointilleuse", ce qui est effectivement le moins que l'on puisse dire. Puis elle poursuit en nous expliquant que "c'est à nos yeux le prix à payer pour que cette avancée se fasse dans la clarté". Nous voila donc éclairés : si Laclais recourt à des périphrases incompréhensibles pour parler d'un carré musulman, c'est bien évidemment par "souci de clarté" ! Et sans doute soucieuse de nous faire encore plus rire, elle conclut son texte par une maxime qui fera date : "plus qu'un débat sémantique, un souci d'humanité". C'est pas beau ça ? Si Laclais ne veut pas parler de "carré musulman", mais de"certaines spécificités liées aux inhumations dans nos cimetières", c'est non seulement par "souci de clarté", mais aussi par "souci d'humanité", sans doute parce que le terme de "carré musulman" ne lui parait pas faire partie du vocabulaire de l'humanité...

Laclais nous ayant ainsi démontré qu'elle n'est pas dépourvue de tout sens de l'humour, c'est donc sans surprise que nous la retrouvons tout sourire à la page 11. Il est vrai qu'elle a de quoi se réjouir, puisqu'elle est en train de signer les actes notariés qui cèdent définitivement les Halles au groupe Virgil. A sa gauche, si du moins on peut se permettre cette expression, on trouve le PDG de Virgil, Patrick Stephan, qui sourit encore plus que Laclais, ce que l'on peut comprendre, puisqu'il sait que dès le lendemain il ira vendre les Halles pour 52 millions à Generali, ce qui lui assurera un beau parachute doré. Comme la photo a été prise avant que Laclais n'apprenne la bonne nouvelle, nous la laisserons sourire béatement en toute innocence pour tourner la page.

Page 12, nous trouvons en effet un nouveau petit article de Laclais sur les Pilos, avec pour titre "une porte encore ouverte au dialogue". Une nouvelle fois, Laclais nous dit qu'elle n'a bien sûr rien contre les Pilos, mais qu'elle doit les fermer pour des raisons de sécurité, en expliquant qu'il n'y a pas d'alarme incendie (comme si la ville ne pouvait en installer une) et que le bâtiment souffre du manque d'entretien des installations électriques (ce qui est gonflé lorsque l'on sait qu'il s'agit d'un bâtiment municipal dont la mairie a vocation à assurer l'entretien ). Surtout, elle nous affirme qu'elle n'a rien contre le centre des Pilos et veut nous le prouver en nous expliquant qu'elle a d'ailleurs proposé il y a 6 mois de reloger les animateurs, tout en oubliant de mentionner l'essentiel : la municipalité refuse d'étudier toute solution de relogement du centre des Pilos lui-même, pour la bonne et simple raison qu'elle ne supporte pas que puisse se créer quelque chose qu'elle ne peut contrôler. Le must est toutefois pour la fin, lorsque Laclais nous explique "qu'elle laisse encore une porte au dialogue par le biais des avocats", ce qui constitue, on ne saurait en douter, une "porte au dialogue" particulièrement remarquable.

Le plus beau est toutefois pour les pages "opinions", où l'on trouve les tribunes des groupes du conseil municipal. Celle de la majorité est signée par tous les conseillers municipaux de la gauche caviar, mais comme nous y retrouvons le style inimitable de Besson, on n'a guère de doute sur l'auteur de la tribune. Qui d'autre que Besson pourrait, sans rigoler, nous étaler sa culture en nous sortant une citation de Rousseau : "il n'y a point de liberté sans loi, ni où quelqu'un est au-dessus des lois" ? Voila en tout cas une maxime chic et choc que Besson pourrait commencer par s'appliquer à lui-même, en mettant par exemple en application la loi qui réserve aux conseillers municipaux d'opposition les tribunes du magazine municipal, ce qui lui épargnerait la prochaine fois de devoir à nouveau piocher fiévreusement dans le dictionnaire des citations de la langue française qu'il a dans son bureau.

Visiblement, ce brave  Besson en a gros sur la patate. Il commence par les Pilos, en nous expliquant que "dans une ville cruellement marquée par plusieurs incendies dans le centre ancien, les Chambériens comprendront sa fermeté". Puis il en profite pour nous expliquer que "nous trouvons même insultant de prétendre que les Pilos serait "le seul lieu créatif de la ville" comme a osé l'affirmer un conseiller municipal d'une liste d'opposition". Comme je me suis pour ma part contenté de dire que les Pilos étaient un centre qui "joue un rôle moteur dans la vie culturelle de notre ville" et que je n'ai entendu aucun conseiller municipal d'opposition dire qu'il s'agirait du "seul lieu créatif de la ville", je me fais un peu de souci pour Besson. Doit-on en effet comprendre qu'il est devenu dur de la feuille et qu'il a du mal à entendre les propos tenus au conseil municipal ou faut-il penser que l'altzheimer commence à donner ses premiers effets ?

Besson enchaine sur la question du carré musulman, bien évidemment sans jamais employer non plus ce terme. Sans doute lui aussi guidé par un "souci de clarté", il se limite à nous expliquer que la municipalité a décidé "d'adapter le règlement des cimetières aux demandes des familles souhaitant une prise en compte plus rigoureuse de certaines dispositions relatives à l'inhumation de leurs défunts, notamment l'orientation des corps et des tombes". Voila effectivement un discours qui illustre le "souci de clarté", dont nous a déjà parlé Laclais !

Toujours bouillonnant, Besson, en arrive à l'ANRU dans lequel il nous explique que "si nous comprenons les inquiétudes exprimées par des familles déjà fragilisées, nous refusons le discours simpliste et négatif de détracteurs qui, pour beaucoup, n'habitent pas sur le quartier". A Chambéry 100 % à gauche, on voudrait avoir des noms et savoir qui sont ces méchants détracteurs qui n'habitent pas sur le quartier ? Il nous semble surtout que Besson, qui dirige l'ANRU depuis le grand appartement qu'il possède dans le centre, à moins que ce ne soit dans sa villa de Saint-Trop' où il passe toutes ses vacances, aurait tout intérêt à ne pas utiliser ce genre d'argument.

Mais Besson conclue déjà en nous expliquant sa conception du dialogue. "Quel que soit le problème à résoudre, il faut que la volonté de concertation soit partagée. Si ce n'est pas le cas, quand la recherche du dialogue n'a pu aboutir, il est du devoir d'un élu d'assumer ses responsabilités". Voila une phrase qui a le mérite d'être claire : Besson veut bien discuter avec la population, à condition que la "volonté de concertation soit partagée", autrement dit que l'on soit d'accord avec lui. Sinon, il considère que c'est le "devoir d'un élu d'assumer ses responsabilités", c'est-à-dire de faire comme il a déjà décidé. Pour qui connait cette municipalité et son sens du dialogue, il n'y a, il est vrai, rien là de bien surprenant.

Pour terminer, Besson nous livre son mot de la fin : "démocratie et démagogie partagent une même racine mais s'opposent en cela : l'une doit rendre des comptes aux citoyens quand l'autre se contente de les abuser". Bref, fermer le centre des Pilos, virer les locataires de la ZUP qui ne veulent pas partir, verrouiller à triple tour les conseils de quartier, c'est tout simplement la démocratie à la sauce Besson ! Et vouloir s'opposer au vieux despote éclairé qui règne sur cette ville, ce ne peut bien sûr être que de la démogagie !