Mesdames et messieurs les commissaires enquêteurs,

En tant que conseiller municipal de la ville de Chambéry, je souhaiterais attirer votre attention sur l’absence de sincérité du dossier soumis à enquête publique. Cette insincérité est particulièrement manifeste en ce qui concerne les objectifs du projet. Ainsi, le dossier présenté à l’enquête publique nous explique qu’il « vise à réduire la circulation » sur les deux rives de la Leysse (p. 45) et à « la diminution des polluants atmosphériques rejetés par les véhicules motorisés, des nuisances sonores liées à la route et de l’insécurité routière » (p.43). Le dossier va même plus loin et relie explicitement le PDU au projet de reconquête de la Leysse, en nous expliquant qu’il témoigne d’une « volonté de voir une importante diminution du trafic en centre ville » (p. 46)

Pour autant, la consultation des PV du conseil communautaire du 25 avril 2013 et du conseil municipal du 6 mai 2013, non encore publiés mais transmis à la préfecture, vous permettra de constater que la municipalité a développé devant les élus une argumentation tout à fait différente. Ainsi, le dossier remis lors du conseil municipal du 6 mai expliquait qu’un objectif essentiel du projet était de « préserver l’accessibilité au centre ville », en permettant de maintenir l’accessibilité des commerces du centre ville aux véhicules (délibération n° 1 du 6 mai 2013), objectif que l’on s’étonne de ne pas retrouver dans ce dossier. Lors du conseil communautaire du 25 avril 2013, Jean-Pierre Ruffier, 1er adjoint de la ville de Chambéry, a d’ailleurs développé ce point, en expliquant que ce projet permettrait non seulement de maintenir, mais aussi de renforcer sur le dernier kilomètre l’accès des véhicules aux hôtels et commerces du centre-ville, en expliquant que le pont et la pénétrante urbaine qu’il va créer seront « l’entrée naturelle du centre ville pour la clientèle du nord de l’agglomération ».

Cette absence de sincérité se retrouve clairement tout au long du dossier. Après avoir pris connaissance des objectifs écologiques de ce projet, on s’étonne par exemple qu’ils se traduisent par l’arrivée sur le quai des Allobroges d’une pénétrante urbaine en provenance de la VRU, ce qui constitue une manière pour le moins étrange de diminuer le trafic routier en centre ville. Selon l’étude d’impact annexée au dossier, cette pénétrante apporterait entre 9 300 et 12 400 véhicules/jour sur les quais des Allobroges (p. 329), ce qui porterait le nombre de véhicules sur l’intersection Gambetta/Allobroges à un total de 25 500 véhicules/jour ! Comment, dès lors, considérer que le dossier soumis à enquête publique est sincère lorsqu’il nous explique que ce projet est destiné à « réduire de façon cohérente la circulation notamment … sur le quai des Allobroges » (p. 45) ?

Par ailleurs, le dossier soumis à enquête n’évoque jamais le contexte de l’arrivée du Lyon-Turin. Il est pourtant bien difficile de croire que ce projet, largement centré sur le quartier de la gare, puisse n’avoir aucun rapport avec l’arrivée escomptée du Lyon-Turin ferroviaire, dont monsieur Louis Besson est le principal promoteur de ce côté-ci des Alpes. Qui pourrait par exemple croire que le projet de construction d’un quartier d’affaires à la Cassine, qui constitue l’un des éléments les plus controversés de ce dossier, n’ait aucun rapport avec l’arrivée annoncée du TGV à Chambéry, sans lequel nul ne pourrait prendre au sérieux l’arrivée annoncée par madame Laclais de sièges sociaux de grandes entreprises dans le quartier de la Cassine ?

Force est toutefois de constater que ce contexte n’est jamais évoqué dans ce dossier, alors qu’il en constitue à l’évidence une clef fondamentale. Si l’on peut comprendre qu’à l’heure où les pouvoirs publics semblent avoir abandonné le projet de LGV Lyon-Turin, monsieur Besson et madame Laclais aient décidé d’enlever ce point du dossier, il paraît difficile de ne pas s’interroger sur l’absence de toute allusion dans le dossier soumis à enquête publique à la future construction de la LGV Lyon-Turin, qui constitue à l’évidence la toile de fond de ce projet.

Cette absence de sincérité se retrouve aussi dans le chapitre sur les modalités de concertation, qui visent à expliquer que « le projet reçoit une appréciation majoritairement positive » (p. 46). Ce jugement est, là encore, manifestement contraire à la réalité des faits : la consultation de la presse locale qui a, à maintes reprises, évoqué l’ampleur de la contestation du projet, en particulier autour de la construction du pont Gambetta-Cassine, pourra permettre aux commissaires enquêteurs de se faire une idée de l’importante opposition à ce projet, qui a été notée par la totalité des observateurs. L’opposition au projet est d’ailleurs si forte qu’elle s’exprime au sein même de la majorité municipale : lors du conseil municipal du 6 mai, 8 élus de la majorité se sont ainsi abstenus sur le projet soumis à enquête publique.

En conclusion, je souhaiterais rappeler que, selon la loi de 1983, les enquêtes publiques ont « pour objet d'informer le public et de recueillir ses appréciations, suggestions et contre-propositions ». Les éléments que je porte à votre connaissance me semblent suffisants pour conclure que le dossier soumis à enquête est entaché d’une insincérité générale qui ne permet pas d’informer le public sur ses objectifs réels.

Veuillez trouver, mesdames et messieurs les commissaires enquêteurs, l’expression de mes cordiales salutations.

Laurent Ripart

Conseiller municipal de Chambéry