Chambéry 100% À Gauche - Laurent Ripart, conseiller municipal

mardi 19 avril 2011

Augmentation des impôts : piteux communiqué du Front de Gauche

Si l'on ne peut qu'approuver le communiqué du Front de Gauche lorsqu'il nous explique qu'il faut soutenir une politique de "maintien de l'emploi public", on ne peut dès lors que se demander pour quelle raison ses élus ont pu voter un budget, qui gèle les dépenses de personnels et prévoit une nouvelle coupe dans le budget des services ? Si l'on est totalement d'accord avec le Front de gauche lorsqu'il affirme que "la responsabilité d'une ville de gauche consiste en la mise en place de mesures sociales amortissant les effets de la politique de régression sociale menée par le gouvernement actuel", on s'étonne que ses élus aient alors pu voter un budget qui diminue les crédits du Centre Communal d'Action Sociale. De même, si l'on ne peut qu'approuver le Front de Gauche lorsqu'il nous explique qu'il milite pour un "haut niveau de services publics", on se demande dans ces conditions s'il est bien logique de soutenir la politique d'une municipalité qui a délégué au privé pratiquement tout ce qui pouvait être déléguable ?

Par ailleurs, on ne peut qu'être étonné de voir le Front de Gauche nous chanter les mérites de la taxe d'habitation et de la taxe foncière, en nous expliquant que cet impôt  "permet de prendre en compte, bien qu'incomplètement, les revenus des familles" ! L'argument est d'autant plus étonnant que même le Figaro reconnait que les impôts locaux constituent un impôt particulièrement injuste et mal réparti.  On est de plus navré de voir le Front de Gauche se mettre à "dénoncer toutes oppositions populistes à l'impôt" ! Des jacqueries contre la taille, à la Révolution française qui a commencé par le refus de l'impôt royal, jusqu'au grand soulèvement des travailleurs anglais contre la poll-tax, qui a fait tomber Thatcher en 1990, l'histoire du mouvement ouvrier est pourtant riche de mouvements contre les impôts que la classe dominante a voulu imposer aux plus pauvres !

Le communiqué se termine en nous expliquant que la solution à tous nos problèmes passe par un vote en 2012 pour des élus du Front de Gauche. Quand on voit l'attitude des élus du Front de Gauche au conseil municipal et quand on lit ce très mauvais communiqué, il faut bien reconnaitre qu'une telle perspective perd beaucoup de sa crédibilité !

Compte-rendu du conseil municipal du 18 avril 2011

On a commencé par le compte administratif 2010 de la ville : c'est le document rédigé par la Trésorerie qui permet de connaitre l'état des comptes de la ville. Contrairement à ce que raconte Laclais, ce compte administratif montrait que la situation de la ville était tout sauf catastrophique. Non seulement l'exercice 2010 se terminait par un excédent de 5 millions d'euros, mais la ville avait été en plus capable d'affecter 2 autres millions au remboursement de la dette.

Par ailleurs, le compte administratif 2010 montrait que si les finances de la ville se portent plutôt bien, l'état des services municipaux était en revanche plus problématique. Les dépenses de personnel n’ont en effet augmenté que de 0,8 %, ce qui, avec une inflation de 1,8 %  pour 2010, se traduisait par une baisse du budget de 1 % en euros constant. Cela a eu des conséquences très importantes sur l'emploi public : l'état des personnels publié par la Trésorerie montre en effet que la ville a supprimé  en 2010 43 emplois, dont 26 postes de fonctionnaires. Par ailleurs, le budget alloué aux services a été diminué de 4,4 % (soit 6,2 % en euros constants). Si la mairie socialiste ne fait visiblement pas le choix du service public, elle a bien tort, car les chiffres de la gestion du stationnement montrent que le choix du privé n'est  jamais gagnant .Le compte administratif permet en effet de constater que si les parkings et parcmètres ont rapporté 3 millions d'euros, Vinci, qui n'emploie en tout et pour tout qu'une dizaine d'employés, s'est débrouillé pour  rafler 2,6 millions sur la recette, ne laissant à la ville que 12 % de la recette, qui ne suffisent pas à couvrir les frais de la brigade de stationnement.

Comment comprendre que les finances de la ville puissent être dans un état correct, alors même que la ville mène une politique d'austérité très prononcée dans ses services ? La raison est simple : la ville a choisi en 2009 de répondre positivement au gouvernement qui proposait aux collectivités locales d'augmenter leurs investissements afin de relancer l'activité. Par rapport au niveau de 2008, la ville a ainsi accru ses investissements de 46 % en 2009 et de encore 11 % en 2010. Et comme il faut bien prendre l'argent quelque part, il a été pris sur le budget des services municipaux.

On est ensuite passé au vote du budget 2011 qui est marqué par un nouveau tour de vis pour les  services municipaux. Cette année, ce sera 0 % d'augmentation pour le personnel, soit une nette baisse du budget de 1,6 % en euros constant, ce qui se traduira nécessairement par une nouvelle vague de suppression d'emplois. Par ailleurs, les services devront fonctionner avec une baisse de 1,5 % de leur budget, soit une diminution de 3,1  % en euros constants. La cure d'austérité est telle que même la droite a trouvé la potion sévère ! Cela ne gène en rien Laclais, qui a fait preuve d'une incroyable mauvaise foi, allant même jusqu'à nous expliquer qu'elle ne supprimait pas des emplois, alors que les chiffres de la Trésorerie démontrent exactement le contraire !

Au niveau social, un chiffre illustre la politique de la ville : pour 2011, le budget du Centre Communal d'Action Sociale sera diminué de 2,9 %, ce qui en euros constant correspond à une baisse de 4,5 % ! En fait, la seule chose qui intéresse Laclais, c'est de pouvoir garantir son budget d'investissement. Après avoir fait voter lors du dernier conseil municipal son projet d'aménagement des berges de la Leysse, il lui faut désormais le financer : or, en l'état, le projet coûte 100 millions d'euros, dont les 3/4 sont à la charge de la ville et de la communauté d'agglomération. Dès lors, la municipalité n'a qu'un but : dégager sur le budget de fonctionnement le surplus nécessaire au financement d'un projet, dont Bernadette Laclais n'a pas hésité à dire que Chambéry n'en connaitra dans ce siècle aucun d'aussi important.

Juste avant de voter la hausse des impôts, Guy Fajeau a pris la parole au nom, a-t-il dit, du Front de Gauche. En bon stalinien, il a d'abord commencé à s'en prendre aux méchants gauchistes qui se trompent de cible en s'attaquant au Parti socialiste et aux diverses composantes de la majorité municipale. Puis, il a expliqué que le Front de Gauche soutenait le budget municipal, qu'il trouvait "très équilibré", avant d'affirmer sans rire que Chambéry était une ville très attaché au service public, qui n'avait pratiquement rien délégué au privé (!). Pour finir, il a expliqué que "l'opposition à l'impôt relève d'une posture populiste" et a conclu en expliquant que de toute manière tout irait mieux si on on élisait en 2012 des élus du Front de Gauche. Depuis le début du mandat, jamais les élus du PCF/Front de gauche n'étaient allés aussi loin dans la défense de la politique municipale : si on a  longtemps espéré que les élus communistes, ou du moins certains d'entre eux, pourraient un jour évoluer du bon côté, force est de constater qu'il n'y a vraiment rien à faire avec eux.

Au terme de ce débat, on est passé au vote. La majorité municipale, Verts et Front de gauche compris, a donc voté ce budget de casse des services publics et la hausse des impôts qui va avec. J'ai voté contre et la droite s'est aussi opposée au budget et à l'augmentation des impôts.

On a poursuivi le conseil municipal en étudiant différents dossiers. On a par exemple voté les conventions avec l'enseignement catholique, qui achèvent le processus de transformation des contrats qui lient la ville et les établissements privés ; concrètement, cela signifie que  la ville paye désormais pour chaque élève des écoles primaires catholiques la somme de 658 euros par an, alors qu'auparavant elle ne versait que 218 euros. On a terminé sur le voeu que la majorité avait déposé pour condamner les suppressions de postes dans le premier degré. La droite n'a pas participé au vote et j'ai bien sûr voté pour, non sans quelque amusement, car il est assez drôle de voir les socialistes dénoncer la casse de l'emploi public quand on voit la manière dont ils gèrent l'emploi public à la mairie de Chambéry !